Ernée, troisième semaine de résidence

Ambiance hyper-concentrée cette semaine à Ernée. Troisième période de résidence avec l'ami Thomas Scotto afin d'écrire et de mettre en place notre lecture commune à voix haute.
La chance de retravailler Avec Caroline Girard sans laquelle Cavale, lecture en selle, n'aurait pas existé. La même exigence toujours, le texte écrit qu'il nous faut reconsidérer comme simple matière première, reponctuer, retravailler au corps.
Grand bonheur d'être une nouvelle fois en Mayenne et remerciements chaleureux à Clarisse Gougeon de la Communauté de communes de l'Ernée qui a eu la lumineuse idée de nous proposer cette résidence.
En attendant la dernière période de résidence qui se clôturera par une restitution à Ernée, le vendredi 21 septembre. En attendant la naissance de cette lecture commune qui je l'espère trouvera d'autres endroits où se lover, eh bien voici rien que pour vous un petit extrait.
Le principe retenu avec Thomas est le suivant. Thomas a choisi dans mes livres dix extraits de textes. Ces derniers lui ont servi de base pour écrire dix nouveaux textes. J'ai fait la même chose de mon côté. Voilà ce que cela peut donner.
  
Peut-être tu reviendras là… Après longtemps d’absence. Je t’entendrai faire tourner la clé dans notre sens préféré et, du sol au plafond, se remettra en route notre petite mécanique de printemps.
Thomas Scotto : Dans ma maison. La maison est en carton

Et ce sera comme si rien ne s’était passé. Rien de ce qui hante encore. Ta petite valise contenant quelques vêtements, ton sèche-cheveux et le saladier offert par ta mère, le saladier offert par mamy. Juste ça pour partir. Et laisser tout le reste : le mari, les enfants, la maison de lotissement, le couloir de chez nous si étroit, interminable, qui s’étire comme dans les cauchemars.
On peut courir. Le sol défile sous les pieds et on n’avance à rien. Et ton mari qui se roule par terre pendant que le grand-frère, celui qui devrait, pourrait, aurait pu, aurait dû me prendre sous son aile se replie, se rétracte comme une huître en haut de l’escalier. Si ça n’a pas d’ailes, ça sert à quoi un grand-frère ? Papa dit quelque chose comme Si tu passes cette porte, je te préviens, tu ne reviendras jamais. Et moi je ne suis rien dans l’histoire. Je suis seulement deux yeux dans l’histoire. Invisible et muet.
Le mari et le grand-frère, on les entend pleurer. Ça prend toute la place.
Peut-être tu reviendras là. Comme j’aurais aimé que tu reviennes. Après longtemps d’absence même. Ma porte toujours ouverte pour toi, avec des envies de te serrer finalement impossibles. Dans ma maison, avant qu’elle ne s’écroule pour quelques années.
Ce jour où tu as franchi la porte.
Et ça aurait tenu du miracle. J’aurais entendu ta voiture se garer sur le trottoir et tu aurais surgi, ta grosse mallette d’infirmière à la main, à toute vitesse. Tu serais rentrée à la maison et je t’aurais entendu faire tourner la clé dans notre sens préféré.

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