12 jours

Hier, je suis allé voir le dernier documentaire de Raymond Depardon. Filmer des visages et des voix.
En sortant de la salle, toujours les mêmes interrogations. On a changé depuis longtemps la folie en maladie mentale, pour la circonscrire, tenter de la tenir à distance. Placer ces personnes dans l'anormal, la pathologie.
La souffrance dans leurs yeux, leurs mots. L'incompréhension ou la résignation face à l'hospitalisation sous contrainte.
Le jeune homme enfermé depuis des mois, venu là après un passage à l'acte, une hétéro-agressivité pour employer les mots de la juge, le jeune homme calmé par les médicaments qui tente de crier quelque chose et les mots se bousculent, ça bafouille et on entend "la folie d'un être humain". Et ce jeune homme, hétéro-agressif, souffre aussi de poly-addiction. Lâchons ce mot aussi pour conserver le langage de la justice et de la médecine. Cocaïne et cannabis. D'où vient le problème ? Comment et pourquoi devient-on poly-addict ? N'est-ce pas la société qui fabrique cela ?
Bien entendu, l'hospitalisation de ces personnes en souffrance et/ou en crise est nécessaire, mais les questions demeurent et la force des images de Raymond Depardon est bien de les ramener une fois de plus à la surface, ces questions.
Qu'est-ce qui rend fou ?
Est-ce la société qui fabrique la folie, l'angoisse qui pousse à exploser, à péter les plombs ?
Est-ce la pathologie qui pousse à l'acte, au moins à l'intention de l'acte, ou est-ce l'acte qui rend malade par le traumatisme qui en est la conséquence ?
Face à la caméra de Depardon, qui parle, témoigne ?
Des gens fracassés par leur parcours de vie.
Merci monsieur Depardon de faire résonner les voix des invisibles.

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