Retour à Marâtre...





Après quelques semaines passées entre salons, interventions scolaires et livraisons de textes de commande, me voici revenu à Marâtre, cette tentative à trois voix, avec le désir de poursuivre, de m'enfoncer encore. Chaque matin, l'engagement de commencer pas cela, pour faire avancer les images, les séquences.
D'où vient ce besoin ? Jamais assez sur ces chemins ? Toujours les mêmes qu'on arpente pour s'écorcher, se mettre à vif. Après, ça tremble un peu, on est à fleur de peau. Et le lendemain, rebelote.
Se remettre à la tâche pour tenter de mener à bien quelque chose que personne n'attend. Expérimenter surtout, de nouvelles techniques d'écriture, espérer toucher le vif du sujet.
Vingt séquences pour l'heure. Pas si mal. Même si... Même si... possible que, une fois le chantier bouclé (Oui mais quand ? Dans l'année j'espère...) Possible que tout soit à mettre à la poubelle. En tout cas, on aura tenté la chose. Le désir d'entraîner les lecteurs dans ces trois voix.

Un petit morceau rien que pour vous du travail en cours...


"Au bout de quelques mois, quelques semaines peut-être même, nous avions disparu pour notre père. Nous étions devenus transparents. Nous nous étions éteints. Et lui avait disparu pour nous. Nous étions certains, ma sœur et moi, que nous ne le reverrions plus. En tout cas pas comme nous aurions souhaité le voir. Non qu’il ait vraiment changé pour ses autres interlocuteurs. Ses amis, ses collègues de bureau, le peu de famille qui suit notre vie quotidienne, marraine mise à part, bien entendu, personne n’a rien pu soupçonner, déceler. C’est que cette femme cachait merveilleusement bien son jeu. Avec ma sœur, nous avons pensé au bout d’un temps qu’il ne s’agissait pas de sa première action de ce type. Elle avait brisé d’autres enfants avant nous. Mais pour cela, c’est sûr, puisqu’elle était entrée chez nous avec une telle santé, elle n’y avait laissé aucune plume pour le moment. Et même, ces différents forfaits lui avaient donné plus de force. J’imaginais facilement les petits corps malmenés, les gifles, les humiliations, les consignations, les interdictions qui brisent. Combien d’enfants avant notre calvaire ? Avec nous, en entrant dans notre maison, en la salissant, elle n’avait sans doute pas pensé que nous serions plus coriaces. Elle nous anéantirait et passerait le temps qu’il faudrait pour arriver à ses fins. Voilà ce qu’elle avait pensé naïvement. C’était sans nous connaître."






Commentaires