Artaud Work in progress



A mesure que le travail avance, scénario comme arrivée des premières images de Laurent, je m'interroge, me réinterroge sur Artaud. Je lis, relis, relie certains textes non encore connus de Artaud et sur Artaud...
La lettre, la correspondance chez Artaud, est la forme la plus fréquente. Pour autant, concernant ses lettres, peut-on parler de littérature ? Oui et non et tout dépend des missives considérées. Certaines sont purement factuelles mais pour le plus grand nombre, il faut bien avouer que tout Artaud est là, dans les lignes qu'il trace, parce que le destinataire de ses lettres importe peu. C'est là en tout cas qu'il se met en scène une fois encore, expose ses doutes, ses souffrances dès les années 20, fustige, fulmine, dénonce jusqu'à sa mort en 1948. Et le plus souvent avec une lucidité immense. Cette correspondance est plus que touchante. Elle est essentielle. Chez Artaud, c'est la périphérie de l’œuvre qui fait l’œuvre parfois. Parce que forcément, la plupart de ces lettres sont adressées à Artaud lui-même, à qui il peut même arriver d'être plusieurs.
Je m'interroge donc, me réinterroge, tâtonne...
Il peut exister un lien entre art et folie. Mais le plus souvent, certains artistes ont sombré dans la démence. Ils sont partis sans revenir. Les exemples sont nombreux. Hölderlin, Nerval, Maupassant... Dans le cas d'Artaud, la grande différence, c'est qu'il y a justement la question du retour, cette incroyable lucidité retrouvée à sa sortie de Rodez. Cette extra-lucidité. Arpentant les différentes parties de sa vie, de son œuvre, on s'aperçoit d'ailleurs que cette lucidité affûtée ne l'a jamais quitté. A part dans certains moments de grande confusion, de souffrance trop forte. Artaud a toujours eu une capacité à s'observer lui-même, à s'analyser, dès les lettres à Jacques Rivière, dès les années 20. Il est constamment en représentation, spectateur de lui-même aussi. C'est cette dimension que nous tenterons de rendre au mieux, avec Laurent, par la superposition par exemple d'éléments intimes, sur l'image. Car si nous souhaitons proposer notre lecture de la vie d'Artaud, nous voulons rendre visible, grâce au roman graphique, ce qui a pu être sa perception de la réalité. Il reste du pain sur la planche assurément.

Vous pouvez, si ça vous tente, aller faire un tour du côté de France Culture pour écouter une émission passionnante sur Artaud qui date de 1975. C'est par ici.

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