Marâtre...


Ces derniers jours, je m'impose une discipline ferme pour faire avancer mon projet adulte que j'ai déjà évoqué ici. J'espère que je le mènerai au bout.
Il y a une appréhension sans doute, une peur stupide à revenir dans ce type de narration-là. Se dire qu'on avance dans la littérature (tout court) et non dans la littérature jeunesse, même si j'ai toujours trouvé que distinguer les deux était un brin idiot. Il n'empêche...
J'ai trop longtemps reculé, différé l'histoire qui se déroule, qui se déplie devant moi. Trois voix, celles du fils, de la fille et du père, pour évoquer une seule femme. La marâtre donc.
J'adore ce moment-là où il faut se mettre à l'écoute, s'interroger pour savoir comment faire parler tel ou tel individu dans la narration. Accueillir, ouvrir, creuser. Ne rien s'interdire.
Je ne crois pas trop à la notion de premier jet. Cela ne veut pas dire grand-chose. Parfois, sans s'écrire tout seul, sans se dire qu'on ouvre comme un robinet de paroles, eh bien on se rend compte qu'on porte quand même une voix depuis si longtemps qu'elle sort naturellement de notre tête.
Le tout pour commencer est de l'écouter, de ne pas la laisser s'évaporer surtout, de l'interroger sans cesse. Même si dans un deuxième temps, il y aura un gros travail d'élagage.
Voilà pourquoi j'ai décidé, chaque matin qui me voit venir au bureau, de commencer par ce travail-là. Pour être sûr que chaque jour, j'aurai tenté de faire avancer tout ça. Une séquence par jour. Ce sera une histoire avec des voix d'enfants, forcément.

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Sous toute réserve, bien entendu, parce que de toute façon, tant que le chantier n'est pas terminé, tout est mouvant, eh bien voici les premières lignes de ce projet "Marâtre". Ce sont les premiers mots du fils.


"Je ne pensais pas que les choses auraient fini ainsi. J’aurais aimé que l’issue soit différente. Mais cette femme s’était placée devant nous et tout son corps avec. Et tout son corps surtout. Ample, son corps où se perdre. Puisque c’est de ce dernier dont elle avait joué, contre notre père d’abord, comme on jouerait à la perfection d’un instrument de musique. Une virtuose. Toute cette histoire constituait pour ma sœur et moi une impasse. Aussi, nous est-il apparu assez rapidement qu’il ne servait à rien d’essayer de faire des compromis, de recoller tout ce qu’elle envoyait valser. Car elle avait veillé dès son entrée dans la maison à tout faire exploser, avec un savant mélange de cruauté et de perversion. Et les premiers temps, je n’avais rien vu, même si j’avais senti un malaise s’installer. Parfois, on sait que quelque chose cloche sans trop savoir quoi."

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