jeudi 1 décembre 2016

Philippe Forest : Crue

Une fois par an, peut-être, il y a un livre qui me marque de façon indélébile. Ce sont des livres rares donc. Je viens de refermer Crue de Philippe Forest et je suis certain qu'il sera de ceux-là.
Je n'avais pas été aussi convaincu depuis ma lecture de Un roman russe de Emmanuel Carrière ou de L'homme qui savait la langue des serpents de Andrus Kivirähk.
Tout me plaît dans ce livre, tout me porte, tout m'écorche. À commencer par la langue de Philippe Forest, simple mais épaisse et souple, charriant les doutes, les émotions, restituant les contours d'un monde sur le point de s'effondrer, en équilibre. De l'équilibre instable qui donne du sens à nos vie.
Toujours juste. À chaque page, être heureux d'emprunter le chemin si singulier de la littérature. Nous y sommes en plein, dans Crue, suivant le narrateur de près, comme s'il était un double. Le fil de l'histoire est suffisamment large pour nous accueillir. On s'y jette à corps perdu. On parcourt ses méandres. On s'assoit volontiers dans des fauteuils pour boire du whisky.
Et là, comme si cela ne suffisait pas, à la page 216, voilà que je tombe sur la définition de ce qu'est la littérature, enfin sur une définition possible : "Quelque chose à la fois de moins réel et de plus réel que la réalité elle-même." Tout à fait ça.
Il est question ici d'un retour. Le narrateur revient sur les lieux où il a habité il y a longtemps, alourdi par les deuils, englué en partie. Et rien ne va s'arranger. Il va vivre, subir, un lent glissement de la réalité tout au long de Crue. "Je lui avais dit à quel point le quartier où nous logions m'apparaissait comparable à un entonnoir le long des parois duquel la réalité ruisselait, dégoulinant vers le fond, comme si la gravité aspirait progressivement toutes les choses, tous les individus qui passaient à sa portée."
Ruez-vous chez votre libraire. Ce livre est magnifique et bouleversant.
Le problème pour moi, maintenant, cela va être de le rendre à la médiathèque où je l'ai emprunté. Une seule envie, m'y replonger.

Philippe Forest : Crue. 272 pages. 19,50 euros.

Aucun commentaire: