lundi 3 octobre 2016

Résidence Argentan, billet 2

Me voici parvenu à un moment aussi excitant qu'angoissant. Poser les bases de mon scénario en terme de découpage. Définir les premières cases. Trouver un rythme. Des ambiances. Parvenir à être suffisant explicite dans les descriptions, les points de vue, le choix de tel ou tel plan, afin que le dessinateur ou la dessinatrice puisse ensuite travailler le plus sereinement possible.
Voilà l'enjeu du travail de cette semaine. Non pas se jeter complètement dans le vide mais employer le matériau biographique récolté à bon escient pour se jeter à l'eau.
Ce soir, j'ai envie de vous soumettre la note d'intention que j'ai rédigée il y a un moment déjà. Je viens de la modifier. Il me paraît évident dorénavant que mon travail s'appuiera sur des données biographiques mais que ce roman graphique tentera d'aller vers une lecture personnelle de la vie d'Antonin Artaud. Claude Louis-Combet, écrivain essentiel que j'ai lu il y a des années, a plusieurs fois tenté cette expérience, notamment avec Blesse ronce noire, roman saisissant qui raconte la vie du poète Georg Trakl. Ce texte m'a beaucoup marqué. Comme le Blonde de Joyce Carol Oates, ample roman sur la vie de Marilyn Monroe. Ces romans donnent davantage à lire que de simples biographies, parce qu'ils sont gonflés de subjectivité et de sympathie. Claude Louis-Combet, à propos de son travail, parle de mythobiographie.
J'aimerais suivre le même chemin mais sous la forme d'un roman graphique. Pourquoi graphique ? Il n'y a qu'à suivre la vie d'Artaud, ce qu'il a traversé en termes d'époques, de paysages, de drames... Il n'y a qu'à suivre son visage à travers les années pour comprendre.
Ah j'oubliais ma note d'intention... La voici.

On ne peut comprendre l’œuvre d'Artaud (1896-1948) sans connaître la vie d'Artaud. Rarement vie et œuvre n'ont été si étroitement mêlées. L'existence de cet homme – ce qu'il a traversé, enduré, son va-et-vient permanent entre raison et folie – se révèle aussi passionnante que ses écrits. Poète, acteur mais aussi dramaturge et dessinateur, il a abordé chaque domaine avec une modernité qui, plus d'un demi-siècle après sa disparition, fascine encore. Artaud a participé aux débuts du cinéma et révolutionné en partie la mise en scène au théâtre.
L'œuvre d'Artaud est protéiforme. La correspondance, établie avec des êtres réels ou imaginaires, y occupe une place centrale.
Toute sa vie, Artaud a lutté contre la maladie mentale. Suivre son existence permet aussi de parcourir la passionnante histoire de la psychiatrie du début du vingtième siècle.
Artaud est un être hors-normes et un corps qui souffre. C'est de la vie de ce corps dont il sera question dans Nanaqui, de ces mouvements, errances, invectives, grimaces et gesticulations.
Afin de coller au plus près à la perception de l'homme, à ses peurs, ses hallucinations, on privilégiera le point de vue d'Artaud. Ce roman graphique sera, pour le lecteur, une expérience immersive. Que voit Artaud ? Que ressent Artaud ? Que vit Artaud ?
L’idée est bien de travailler ici à partir d’un matériau réel pour en faire autre chose, une forme de biographie fantasmée qui ne suivra pas forcément les codes du genre. En somme, tenter de proposer une lecture personnelle de la vie d’Artaud qui ne soit ni objective, ni exhaustive.

 (Photo Denise Colomb : Artaud en 1947)

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