mardi 20 septembre 2016

Résidence Argentan, billet 1

Je suis arrivé depuis un peu plus d'une semaine à Argentan afin de travailler sur mon projet ambitieux qui consistera à élaborer un scénario de roman graphique sur la vie d'Antonin Artaud. Pourquoi le choix du roman graphique ? C'est une évidence pour moi, quand je regarde les visages d'Artaud, les personnes qu'il a connues, les expériences qu'il a traversées (cinéma, théâtre, internement asilaire)... Il se dégage de tout cela une force graphique. Les images surgissent de partout.
Première expérience de résidence pour moi. Grand merci à la ville d'Argentan et au conseil régional de Normandie pour leur confiance. J'ai dorénavant toutes les cartes en main et les moyens pour développer un projet qui m'habite depuis quelques années.
Ce qui m'intéresse chez Artaud, au-delà de son œuvre hors-norme aux contours impossibles à cerner, c'est Artaud lui-même, l'homme aux prises avec sa folie. Alternent chez Artaud, pour ne pas écrire cohabitent chez Artaud, puisque chez ce dernier, plusieurs états se superposent parfois, une conscience aiguë de la folie et un délire dans lequel on lit de magnifiques fulgurances poétiques qui font sens. C'est passionnant.
Voilà pourquoi l'un des aspects les plus intéressants de son œuvre réside dans ce qui entoure son œuvre, ce qui est entré dans son œuvre comme par effraction. Correspondance, carnets, dessins.
Puisque j'ai décidé de commencer à donner à voir la vie d'Artaud par la fin, je suis plongé actuellement dans les textes du poète Jacques Prevel, qui l'a accompagné durant ces deux dernières années passées à Paris, après ses neuf ans d'internement. Et dans les magnifiques documents audiovisuels créés par Gérard Mordillat et Jérôme Prieur. Au départ, ces derniers souhaitaient proposer une fiction sur Artaud, la fin de sa vie, son amitié avec Jacques Prevel. Cette fiction, qui porte le même titre que le journal de Prevel, En compagnie d'Antonin Artaud, est noire et belle, avec la présence d'un Sami Frey très convaincant. En creusant dans le matériau biographique d'Artaud, les cinéastes ont eu le désir de proposer aussi un documentaire s'appuyant sur des rencontres, des entretiens avec des personnes ayant connu Artaud. Cela a donné La véritable histoire d'Artaud le Mômo, où l'on apprend beaucoup aussi.
Fascinant de continuer à creuser dans ces directions.
D'ici quelques jours, je devrais être en mesure de poser les premières cases du roman graphique.
(Photo Eli Lotar. Artaud en 1930)

Jacques Prevel : En compagnie d'Antonin Artaud. Flammarion.
Gérard Mordillat et Jérôme Prieur : En compagnie d'Antonin Artaud et La véritable histoire d'Artaud le Mômo. Arte vidéo.

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