lundi 31 août 2015

Stéphane Servant : La langue des bêtes

Deux mondes se confrontent et s'entrechoquent dans le nouveau roman de Stéphane Servant. D'ailleurs, c'est assez troublant de voir à quel point l'univers développé ici est proche de celui de L'homme qui savait la langue des serpents d'Andrus Kivirähk évoqué ici même dans un récent billet. En tout cas, c'est le même thème. Cette nécessité de revenir aux fondamentaux de l'être dans un monde voué à la consommation, à la vitesse, un monde sans racines ni sens.
Dans La langue des bêtes, il y a d'un côté une communauté regroupant d'anciens membres d'un cirque, vivant au fond des bois, entretenant encore des liens forts avec la nature, les bêtes, l'animalité qui fait l'homme aussi et l'ancre sur sa planète. Et de l'autre, le monde de la ville qui s'étend, inexorablement. Une route est en train d'être construite. On abat des arbres. On casse et on goudronne ou bétonne. Le monde de la ville rejoint et fracasse le petit monde installé au fond des bois.
Il y a la norme qui finit par anéantir la vie et la singularité de chacun. Rejoins ce tiroir ou pars ! La norme face à un monde pétri de légendes, de merveilleux, à l'agonie aussi. "La ville, c'est pas pour ceux qui n'ont que les yeux. Ceux-là, elle les avale. Avec un peu de chance, elle te recrache plus loin. Là où elle vomit ceux qu'elle ne peut pas digérer."
Stéphane Servant interroge le monde moderne à travers les yeux de Petite, une enfant remplie de questions, tiraillée entre les deux mondes en jeu. Ce roman est là pour rappeler, sans doute, l'indispensable sauvagerie aussi, le brut en nous, ce qui palpite, et la nécessité des histoires. La langue des bêtes est une très belle fable, finement taillée, à vif. À vif, comme c'est l'être Stéphane Servant dans ses romans. Grand bien nous fasse.

Stéphane Servant : La langue des bêtes. Éditions du Rouergue. 448 pages. 15,90 euros.

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