mardi 5 février 2013

Je cherche des voix

Trouver les voix. J'en parlais hier soir avec Benoit Morel lors de l'impression de La bouche de l'ogre. J'en parlais le week-end dernier avec Judith Gueyfier au salon du Pays du Roi Morvan. Je rabâche, je sais.
Entrer dans des corps sur la pointe des pieds comme un acteur. Me recroqueviller pour ne rien déranger à l'intérieur. Tenter de les habiter un moment. Rien d'autre ne compte, pour moi, et c'est là que je cherche le ton juste. Impossible de jouer les observateurs, les moralistes, les pédagogues ou je ne sais quoi d'autres. Ce n'est pas mon affaire. Me tenir là pour livrer sans doute des expériences, qu'elles soient réelles ou rêvées. Mais surtout, ne jamais donner de leçons. Oh, surtout pas. Je vais continuer dans cette voie, je sais. Chercher des voix d'enfants. La perception des enfants est si juste. Elle me transperce souvent.
Récemment, j'ai été porté longtemps par la voix de l'héroïne du célèbre roman de Harper Lee, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. Merci Édith pour ce joli conseil de lecture.
J'ai trouvé aussi ces lignes dans Sako de Martine Pouchain, qui me ramènent à tout ça, pour dire que la perception de l'enfance est si vaste. La voix de Martine Pouchain est souvent juste : "Sako dit que je suis belle parce que les enfants ne voient pas les choses de la même façon que nous. Ils ne jugent pas. Dans le monde de l'enfance, les vieux ont leur place, tout le monde a sa place. C'est en vieillissant qu'on devient intolérant. Je me demande à quel moment ça se produit. Peut-être à l'adolescence ? Je ne m'en souviens plus. Peut-être que c'est à l'adolescence parce qu'on commence à avoir peur de tout ? De ne pas être à la hauteur, de ne pas être comme les autres, que sais-je ? C'est peut-être plus tard ? Je ne m'en souviens plus. Il y a un moment où ça se produit, comme si un sorcier nous touchait de sa baguette magique et hop : tout ce qui est différent devient une menace. C'est un bien mauvais tour."
Parce que l'enfance a de très nombreuses leçons à nous donner, finalement. Ne jamais perdre l'enfance me semble une bonne idée.
Et comme si ça ne suffisait pas, j'ai revu également le film Control de Anton Corbinj, consacré à Ian Curtis et à Joy Division. Et là, un peu ébahi je l'avoue, j'ai découvert ce vers de William Wordsworth, "The Child is father of the Man". Pour moi, c'est une évidence. Pas impossible que je placarde cette phrase sur l'un des murs de mon bureau.

Harper Lee : Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. Livre de poche. 447 pages, 6,60 euros
Martine Pouchain : Sako. Oskar éditeur. 128 pages, 9,95 euros
Anton Corbinj : Control
Joy Division : Unknown pleasures et Closer
William Wordsworth : The Rainbow (1803)

2 commentaires:

Carole Desrousseaux a dit…

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur fait partie des livres qui m'ont vraiment et profondément marquée à 17 ans.... Votre post me fait penser à ce magnifique poème de Janusz Korczak que je me permets de partager ici :

"Vous dites:
C'est fatiguant de fréquenter les enfants.
Vous avez raison.
Vous ajoutez:
Parce qu'il faut se mettre à leur niveau,
se baisser, s'incliner, se courber, se faire petit.
Là, vous avez tort.
Ce n'est pas cela qui fatigue le plus.
C'est plutôt le fait d'être obligé de s'élever
jusqu'à la hauteur de leurs sentiments.
De s'étirer, de s'allonger, de se hisser
sur la pointe des pieds.
Pour ne pas les blesser."

Benoît BROYART a dit…

Merci Carole pour ce joli poème que je découvre.