jeudi 14 juin 2012

Ma mère est une sirène

Ma mère est une sirène est un projet qui aura mis pas mal de temps à trouver une maison, un peu comme La bouche de l'ogre que j'ai évoqué ici il y a peu de temps, accepté dans la belle collection Trimestre des éditions Oskar.
Ma mère est une sirène est un texte court. Une nouvelle. L'histoire d'un garçon, fils de pêcheur, qui croit que sa mère, en réalité morte en le mettant au monde, est une sirène. Son père, incapable de lui dire la vérité, noyé dans son chagrin, a entretenu ce mythe. Oui mais un beau jour, le garçon décide d'aller rendre visite à sa mère et saute dans l'océan pour la retrouver.
Laurent Richard a aimé ce texte. Il souhaitait des illustrations différentes, assez éloignées de son travail habituel. Vous pouvez voir ici trois de ses recherches en cours. Personnellement, je suis très touché par ces dessins et les directions prises par Laurent. C'est assez audacieux...
Une maison donc. Oui, celle créée par Marc Lizano et Joël Legars à Rennes en 2010, les éditions Gargantua. Parce que Gargantua possède une collection de nouvelles illustrées, pas forcément tournée vers la jeunesse, d'ailleurs. Mais Ma mère est une sirène est-il un texte pour la jeunesse ? Je préfère ne pas me poser la question. Bon, il va falloir sacrément être à la hauteur. Pour le moment, la collection a accueilli certains auteurs plutôt confirmés : Maupassant, Sue et Dostoïevski. ;-)
L'ouvrage verra le jour en 2013. Je vous en dis plus dès que j'en sais plus. Mais pour vous faire patienter, puisque je vous ai fait profiter des magnifiques recherches de Laurent, eh bien j'avais envie aujourd'hui de vous proposer de lire le début de ce texte.
"Dans l’entrée, il y a une photo de Mylène. Une vieille photo encadrée. Sur l’image, elle porte un foulard rouge. Elle sourit à côté de Luc. Ils ont leurs têtes collées l’une contre l’autre. On dirait qu’ils vont éclater de rire.
C’était bien avant la naissance de Jacques. Avant la disparition de Mylène.
Luc ne parle pas souvent du départ de sa femme. Luc ne parle pas très souvent, de toute façon. Après la pêche, il reste toujours des heures à réparer ses filets, assis au bord de sa barque. Il n’est pas plus bavard que les poissons.
Jacques passe du temps aux côtés de son père, assis au bord de la barque. Il sait que Luc répète chaque fois les mêmes gestes. Les mains puissantes du pêcheur travaillent toute seules.
En réalité, Luc ne pense pas vraiment à ses filets quand il les répare. Il pense à la même chose que Jacques. Mylène leur manque à tous les deux. C’est pour ça que Luc passe des heures à réparer ses filets. Dans chacun des nœuds qu’il fait, il emprisonne une des larmes qu’il porte en lui. Pour les cacher. Pour ne pas que Jacques fasse leur connaissance.
Luc utilise le même filet depuis des années. Chaque jour, il y enferme quelques larmes. Est-ce pour cette raison que le fil est si solide ?
Jacques attend que Luc lui parle de Mylène. Mais rien n’est jamais sorti de la bouche de Luc à son sujet. Alors le père et le fils restent chacun dans leur chagrin. Ils ne partagent pas leur peine. Pourtant, à première vue, tous les chagrins sont des vêtements faits avec le même tissu. Mais Jacques et Luc ne portent pas le même vêtement."

 

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