mercredi 11 avril 2012

Frédéric Richaud : Luc Dietrich

Un moment que l'œuvre de Luc Dietrich (1913-1944) me fascine. Le bonheur des tristes et L'apprentissage de la ville font partie de mes livres de chevet depuis des années.
En partie parce que  Dietrich parvient à restituer l'image et la sensation brutes. Il y a dans sa langue une évidence déconcertante et une puissance poétique rare : "Je n'ai pas le temps de m'apercevoir que ça commence que le gros tombe sur moi comme un sac de sable. Je suis dans l'herbe au-dessous de lui, et je ne ne vois plus rien que par éclats : la chemise tordue, un genou, sa semelle qui me râpe la bouche et la joue, le ciel qui tourne avec les nuages, l'herbe que je mâche de force, les jambes en file des autres qui regardent."
Dans la biographie qu'il consacre à Luc Dietrich, Frédéric Richaud tente de fixer l'homme dans sa complexité. Son enfance, le rapport à sa mère qu'il continuera d'entretenir après sa mort, ses errances, ses rencontres déterminantes ; celle de Lanza del Vasto bien sûr mais aussi de René Daumal. Les photos montrant René Daumal amaigri, le visage mangé par la barbe, à l'entrée de la mort, ont été prises par Dietrich qui était également un très bon photographe.
Frédéric Richaud restitue avec un rythme quasi romanesque la vie courte et agitée d'un créateur en quête perpétuel d'un apaisement qu'il ne trouvera jamais. Luc Dietrich, frénétique, lunatique.
Le livre de Frédéric Richaud donnera sans aucun doute envie à ceux qui n'ont pas lu Dietrich de se plonger dans l'œuvre d'un auteur encore aujourd'hui trop méconnu.

Frédéric Richaud : Luc  Dietrich. Grasset. 320 pages. 20,30 euros.

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