mercredi 29 février 2012

Personnages

J'aime l'idée de concevoir une trame d'histoire et d'y projeter des enveloppes vides qui s'incarnent progressivement, qui s'inventent à mesure qu'elles avancent dans le récit. Se projeter dans la peau d'un spectateur de théâtre. Le personnage arrive sur scène. Il n'est rien avant d'avoir fait un geste, ouvert la bouche. C'est souvent comme ça que je travaille. En partie aussi parce que dans mes premiers textes, je me suis heurté à de gros problèmes de structure et de cohérence. J'ouvrais la vanne et je laissais filer. Pas facile de rattraper le coup ensuite.
Maintenant, je me dis que j'aimerais bien procéder autrement, pour voir où ça mène. Je pourrais définir quelques personnages, les regarder vivre un peu et prendre une certaine épaisseur avant de les jeter à l'intérieur d'un décor. Je vais essayer je crois. Intéressant, toujours, d'expérimenter en écriture. Autrement, à quoi bon ? On se borne à refaire ce qu'on sait faire.
Remettre toujours tout à plat avant d'entamer. C'est le propre, de toute façon, de toute démarche artistique.
Le projet de scénarisation qui m'occupe aujourd'hui pourrait bien me permettre d'explorer cette nouvelle façon de procéder. En effet, on envisage plusieurs tomes pour cette histoire. Pour l'heure, seul le premier est écrit. Je commence à bien connaître les deux personnages principaux. Ils ont grandi, ils ont épaissi dans la première histoire. Je suis très attaché à eux et j'ai hâte d'écrire la suite. De précipiter leurs enveloppes chargées de chair un peu plus loin. Plus facile, je crois, de ne pas les perdre. Bon, je ne vais pas m'emballer. J'ai encore beaucoup de travail pour scénariser le premier tome de ce roman. Un travail titanesque pour envisager et suivre le mouvement de chaque case à prévoir.
L'écriture toujours comme une expérimentation permanente. Je déteste les faiseurs, de toute façon. En littérature jeunesse, contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, ils ne sont pas plus nombreux qu'ailleurs. Mais irritants en tout cas, toujours, produisant quelques morceaux de sur mesure. La question n'est pas, en littérature, de savoir ce que le lecteur a besoin ou envie de lire. La littérature, c'est avant tout et plus que tout la voix. Une singularité donc. Et tout le reste est superflu.

4 commentaires:

Sardine a dit…

J'aime tes questionnements et ta remise en question permanente! C'est formidable à lire.

Benoît BROYART a dit…

Merci Sandrine. C'est ma façon à moi d'éviter le sur place !

Cécile Alix a dit…

Merci. C'est chouette de se livrer ainsi... quelques lignes très profondes, très intenses... un cheminement...

Benoît BROYART a dit…

Merci Cécile