lundi 27 février 2012

Pascal Garnier : Cartons

En découvrant Cartons, roman posthume et inédit de Pascal Garnier, disparu en 2010, on retrouve une voix familière, un ton plutôt, un climat encore plus.
Chapitres courts. Images simples et souvent saisissantes de vérité : "Il ouvrit les persiennes de la salle à manger et du salon mais la lueur d'eau de vaisselle qui s'y déversa ne parvint pas à réchauffer l'atmosphère. On se serait cru dans un aquarium sans poisson." Une prise directe sur le quotidien et un style implacable et efficace. Si Garnier fait partie d'une famille d'écrivain, on pourrait bien lui trouver des frères du côté d'André Hardellet ou de Pierre Autin-Grenier. Mais le scalpel de Garnier est peut-être un peu plus aiguisé. Rêverie mais qui vire au cauchemar éveillé. Réalité qui dérape toujours du côté des précipices et belle sympathie pour les désespérés et les bancals. Joli programme.
Dans Cartons, Brice emménage à la campagne et tente d'investir une grande maison, seul finalement, sa femme journaliste ayant disparu en mission. Voici le point de départ du roman. Pascal Garnier se révèle expert, comme toujours, dans l'art de décrire comment un être glisse lentement et se perd. "Les mille et un soucis domestiques qui depuis ces derniers jours jaillissaient de son crâne comme de l'eau des trous d'une passoire se mêlaient à présent en une même pâte molle qui n'était pas sans rappeler l'origine du monde, là où tout embryon ignore jusqu'à sa propre existence." Et chaque fois, je m'interroge. Où se situe dans le récit le point où tout bascule ? Difficile à dire. Un joli bonheur de lecture, en tout cas.

Pascal Garnier : Cartons. Éditions Zulma. 192 pages. 17,50 euros.

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