lundi 6 juin 2011

Traversé

J'ai depuis longtemps la sensation d'avoir une mémoire si ce n'est déficiente, du moins singulière. C'est comme si mon cerveau attrapait juste une petite partie des éléments qui entrent par mes oreilles ou traversent mes yeux. Ainsi des livres que je lis, des films que je vois. J'en garde très peu de souvenirs même si je sais qu'au moment de la lecture ou de la séance de cinéma, j'ai vécu l'expérience très profondément. Demandez-moi ce que ce roman ou ce film racontent et je me verrai vite dans l'embarras, vous répondant trop vaguement ou vous communiquant des enthousiasmes francs mais difficiles à argumenter. "Tu devrais lire ça. C'est un des plus beaux livres que j'ai jamais lu." Oui mais pourquoi ? Et là je sèche. Pourtant, je sais qu'en moi, l'empreinte est là, définitive dans le cas de certains livres. Mais c'est un tel capharnaüm dans mon crâne que j'ai bien du mal à retrouver les morceaux d'un même ensemble.
Au fil des années, je m'aperçois que ce mode de perception, à première vue parfaitement déficient, nourrit mon écriture de façon indirecte. Et le pire, c'est que ces expériences là se fondent parfois avec des éléments de réalité, des épisodes que j'ai réellement vécus. Je vous laisse imaginer le fouillis. Je me dis que si ma mémoire était plus fiable ou plus conventionnelle, ça ne fonctionnerait pas. Je ne pourrais pas écrire.
Là, au fond de moi, c'est comme une énorme boule de chair vivante dans laquelle je pioche indéfiniment, sans savoir toujours ce que je vais y trouver. J'aime me laisser surprendre.
J'ai donc la mémoire qui flanche très régulièrement. Je ne me souviens plus très bien. Vous connaissez la chanson. Voilà, je crois, ce qui rythme le plus souvent mon chemin d'écriture.

2 commentaires:

Nanou a dit…

Quel bonheur de fouiller dans sa mémoire comme on farfouille dans un coffre à souvenirs !

Benoît BROYART a dit…

Oui mais il en sort aussi, parfois, des éléments qu'on aurait préféré laisser à leur place.