samedi 12 mars 2011

La peur, etc.

Dans La peur, initialement publié en 1930 et repris au Dilettante en 2008, Gabriel Chevallier raconte la guerre qu'il a vécue alors qu'il venait d'avoir vingt ans. Les tranchées, les combats, le quotidien des soldats.
Il y a ce passage du blanc au noir en très peu de temps pour verser dans un quotidien auquel personne n'aurait pu s'attendre. "En quelques jours, la civilisation est anéantie. En quelques jours, les chefs ont fait faillite. Car leur rôle, le seul important, était justement d'éviter cela".
Puis vient la peur. La description que Chevallier en fait est saisissante. Ne jamais oublier que "L'homme qui fuit conserve sur le plus glorieux cadavre l'inestimable avantage de pouvoir encore courir."
Dans le livre de Chevallier, il y a le récit de la jeunesse perdue, sacrifiée. Les regards fixes de ceux qui ont vu d'incroyables atrocités et qui ne s'en remettent pas parce que la guerre rend fou. Il y a la révolte et la fin de toute forme d'innocence. Chevallier décrit parfois les paysages qui encadrent la boucherie, leur beauté glacée avec un détachement poétique. "Un matin, nous nous sommes réveillés dans un étrange silence, lourd et feutré, et la lumière du jour parvenait dans nos baraques avec un éclat spécial. La neige était tombée pendant la nuit et recouvrait tout. Elle reliait les branches des sapins de couches épaisses à forme d'ogive. Nous vivons désormais dans un froide forêt gothique, où fument nos huttes d'Esquimaux."
En refermant La peur, me sont revenus en mémoire un certain nombre de textes où des auteurs ont évoqué la guerre, pas forcément celle-là d'ailleurs. Je me souviens d'un texte extrêmement violent de Bernard Noël, une dizaine de pages intitulées sobrement La Guerre. La description d'un cauchemar de guerre totale. Comme si le poète était parvenu à placer ici le concentré explosif d'une cruauté forcément humaine.
Je songe aussi à La Gueule de Claude Seignolle, texte constituant le premier volet de l'autobiographie de l'auteur, écrit entre 1940 et 1950.
Je ne peux m'empêcher non plus de repenser à Louis Calaferte, qui me suit décidément souvent et à son C'est la guerre, venu assez tard dans sa bibliographie, construit comme ses plus belles œuvres sous la forme d'un récit autobiographique éclaté.

La peur de Gabriel Chevallier. Le livre de poche. 416 pages, 6,95 euros.
La Guerre de Bernard Noël. Dana. 20 pages.
La Gueule de Claude Seignolle. Zulma. 256 pages, 19 euros.
C'est la guerre de Louis Calaferte. Folio. 237 pages, 7 euros.

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