lundi 21 mars 2011

Littérature littérature littérature


Achevant la lecture de Bienvenue parmi nous d'Éric Holder, auteur que je n'avais pas encore fréquenté, excepté pour les chroniques qu'il livre au Matricule des anges, j'ai pensé au cinéma de Rohmer, dans le sens où ce dernier s'inscrit dans un espace "littéraire" outré. Il ne se veut pas le reflet de la réalité mais il est bien plus ambitieux, ajoutant à la réalité justement des couches d'émotion, des couches d'élégance, etc. Il y a, chez Holder, une douceur dans la langue, un certain classicisme presque, comparable je crois, quelque chose de presque lisse mis au service de profondes fractures humaines. J'aime ce type de contrastes.

En parallèle, j'ai terminé un roman paru à l'École des loisirs il y a quinze ans maintenant, au siècle dernier donc. Un texte d'Agnès Desarthe intitulé Benjamin héros solitaire. Avec mon fils, il nous arrive de lire les mêmes livres pour en parler après. J'ai été étonné ici, un peu sidéré aussi par la description d'un univers extrêmement conventionnel, qui ne fait aucun cas de la différence existant entre les êtres, de la dimension autobiographique que peuvent revêtir, parfois, certains romans estampillés jeunesse heureusement. Rien de tout cela ici dans cette histoire qui prend le quotidien d'un enfants pour thème et multiplie les appels du pied pour rappeler que les mamans font des câlins, les papas jouent à la boxe, etc. Le tout servi dans un style "petit Nicolas" en bien moins drôle : Alors, untel il m'a dit que... Bon, on nage dans le Petit ours brun et ça m'énerve. Juste pour dire qu'il y a de magnifiques textes en jeunesse, de vrais auteurs de littérature qui portent des styles, des expériences, des blessures, bref qui ont des voix, de vrais points de vue. On est dans la littérature donc et non dans l'éducation. C'est un des écueils à fuir, je crois. Même si la littérature peut sans doute éduquer parfois, mais pas directement, par ricochet. La littérature ouvre, provoque le débat, assiste, console, etc. Des voix donc. Je parle plutôt des romans ici. En vrac, comme ça, Kochka, Cuvellier, Scotto, Servant, Mathis. Cette liste est bien sûr partial et non exhaustive mais je crois qu'on devrait arrêter une fois pour toutes de proposer des contenus formatés à nos enfants. De la littérature donc ; le reste est superflu.


Bienvenue parmi nous d'Éric Holder. J'ai lu. 160 pages
Benjamin, héros solitaira d'Agnès Desarthe. L'École des loisirs. 88 pages

2 commentaires:

Hélène Masson Bouty a dit…

Cher Benoît,
Tu parles des blessures portées par la voix de certains auteurs.
Est-ce que les grands blessés, ceux dont la vie s'échappe de toute part, n'ont pas besoin parfois d'un cadre protecteur, "formaté" ?
Est-ce que ce n'est pas trop difficile, à certains moments de sa vie, de regarder ses blessures dans un miroir ?
C'est une vraie question pour moi, sans doute très naïve.
Quand je présente "Precious liquids" de Louise Bourgeois à mes élèves de 3ème, comme une métaphore et une mise à distance de son passé,je sens parfois un élève complètement happé par la réponse de l'artiste. Comme une ouverture possible pour lui.
Est-ce que cette expérience s'approche de ce que tu évoques quand tu écris : "La littérature ouvre, provoque le débat, assiste, console, etc. "?
Merci pour tout ce que tu partages si généreusement avec nous.

Benoît BROYART a dit…

Bonjour Hélène,
Merci pour ce beau commentaire. Oui, je crois que tu es dans le vrai. La littérature n'est pas là seulement pour partager des fractures mais je pense qu'elle peut, qu'elle doit. Elle nous apprend à nous affranchir. Elle apprend une certaine forme de liberté. Ce que je voulais évoquer, dans mon billet, c'est l'irritation qui me saisit à la lecture de certains textes pour la jeunesse qui véhiculent des clichés ou des idées passéistes. Et merci à toi pour l'intérêt que tu portes à ce blog.