dimanche 11 avril 2010

Un roman russe

Je sors d'une lecture plus qu'éprouvé, laminé serait peut-être le mot. Comme cela m'arrive rarement. Un moment que je voulais lire Un roman russe d'Emmanuel Carrère. C'est terrible comme parfois, un livre apparaissant comme une tentative d'autobiographie assumée vous parle tellement que vous croyez lire quelques parcelles de votre propre vie. En tout cas, quelqu'un se met à parler au fond de votre oreille pour partager avec vous une intimité dont vous pensiez être le seul dépositaire. C'est rassurant et insupportable en même temps. Difficile de résumer ce texte. Inutile aussi. J'aime absolument cette porosité entre un réel qui glisse constamment dans le fantasme, gonfle dans l'affectif, avec une part de folie sans doute. On lit sans décrocher et on se laisse happer réellement. J'aime par dessus tout cette littérature dont on ne sort pas indemne. Ce texte tient de la déflagration. J'ai la sensation qu'il tente de faire le point sur le désastre sur lequel, il me semble, chaque écrivain, chaque artiste se construit, fonde sa pratique, tente de se construire sur des ruines, résiste en tout cas. Merci.
Emmanuel Carrère, Un roman russe. Folio, 398 pages, 7,70 euros.

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