samedi 16 mai 2009

Oignon

C'est parti d'une discussion entamée avec un auteur rencontré hier à Questembert.
Ce sujet, un moment aussi que nous l'abordons avec ma femme. Cette histoire d'oignon dont il sera question ici.
L'auteur m'explique donc qu'elle a trois enfants et que pour cette raison, elle peut écrire pour plusieurs âges. J'en conclus qu'elle écrit en observant ses enfants.
Je me sens loin de sa démarche car je revendique depuis longtemps un processus tout en retour sur soi, en intériorité. Au risque de passer pour un horrible égocentrique. Je suis un oignon. J'ai 36 ans et si je creuse, j'enlève une couche de peau. J'ai 30, 20, 15, 10, 8 ans... Ma mémoire, dans laquelle je puise, est heureusement traversée, nourrie par les rencontres, les nouveaux événements, les émotions, sensations qui me renversent. Ma mémoire est en constante évolution. Pas seulement parce qu'elle enregistre des nouveautés d'ailleurs. Tous les souvenirs restent mouvants.
Quand j'écris, je suis toujours en train de fouiller à l'intérieur de moi.
Dans le cadre du salon du livre jeunesse de Questembert, où je serai en signature aujourd'hui, j'ai fait plusieurs interventions dans des collèges. Entre autres, j'ai tenté d'expliquer cela. Cette obsession de creuser pour déterrer des émotions, des sensations. Au fond, quand j'y parviens, ce sont sans doute ces sensations qui résonnent chez les enfants avec force. La semaine dernière à Saint-Priest, j'ai été très ému de m'apercevoir qu'Une bonne équipe avait bouleversé une élève. Quelques mots échangés et je me suis rendu compte qu'à des années d'intervalle, nous partagions une petite part de peine.

2 commentaires:

Laurent Richard a dit…

Je me sens en phase avec ta vision de la création pour la jeunesse. Je crois qu'elle peut aussi s'appliquer à l'image. C'est un peu comme si on partait à l'intérieur de soi visiter le jeune ado qu'on était assis à sa table à dessin dans son garage ou le gamin dévorant les images de la bibliothèque de l'école. Serait-on incapable d'écrire ou de dessiner pour les enfants quand on n'a pas d'enfant ? Ceci étant dit, je dois reconnaître que depuis que j'ai mes filles, des petites choses viennent influencer mon travail, l'air de rien, elles m'entraînent sur un terrain que je n'empruntais pas avant… peut-être à force de me rabâcher qu'il faut mettre du rose partout !!! Une drôle d'alchimie que la création, un vaste débat !!!

Benoît BROYART a dit…

Merci Laurent pour ton message. Oui, forcément, et heureusement, ceux qui nous sont proches nous traversent et modifient jusqu'à notre noyau... Bien sûr, le fait d'être père, pour moi, a modifié également des choses, et continue de le faire... Mais je crois tout de même que je travaille en me repliant.
J'en parlais tout à l'heure avec Ronan Badel qui semblait aussi partager cette vision. Comment faire autrement qu'un travail autobiographique, qu'il soit composé d'images ou de mots ? C'est cela. Ce mouvement également incessant de construction/déconstruction. On creuse, on remonte, on modifie. Vaste débat !